Archives par catégories A la mémoire de Tanger et du Lycée Regnault...

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Le port de Tanger est son poumon, l’essence de son identité, le personnage principale de la ville : le mieux gardé et le plus secret. Il véhicule depuis la nuit des temps, toutes les légendes de mers, les souvenirs avérés d’autant de voyageurs éclairés, d’explorateurs mystiques : Ibn Batouta, René Caillé, Michel Vieuchange, curieux de passer le Détroit tel un miroir, pour découvrir le monde.

Ajourd’hui, changement de cap, création du nouveau port Tanger med… Ce nouveau projet va permettre à tout le Nord de mieux s’émanciper, de servir toute l’Afrique. Il s’agit là d’un nouveau port d’éclatement ou de transbordement.

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Si la célébrité de Tanger s’est avant tout nourrie du patrimoine littéraire et artistique internationale, ses intellectuels ne sont pas étrangers à l’entretien de cette notoriété. Des écrivains comme Tahar Ben Jelloun, et Mohamed Choukri, des cinéastes comme Farida Belyazid, Jilali Ferhati et Moumen Smihi font vivre différemment, et chacun à sa manière, la ville, leur ville, réelle ou imaginaire.

A travers ces œuvres, Tanger n’est jamais la même. Pour certains, elle n’est qu’un décor factice où se déroule une fiction étrange de protagonistes en mal d’exotisme, pour d’autres, la ville est un lieu mystérieux et évasif, un lieu imaginé de l’impossible quête, un lieu de liberté mythique.

 

Ville millénaire aux multiples facettes ; Tanger fit tantôt une cité-phare et capitale qui contribua pleinement aux civilisations méditerranéennes, tantôt un petit port replié et dérisoire, oublié de l’histoire, incendié et parfois anéantie par les envahisseurs et les conquérants de passage.

Coupée, isolée de son arrière-pays, la cité regardait vers le nord ; elle eut souvent des tendances centrifuges. Rome la houssa au rang de métropole. Lieu de convergence des grandes voies terrestres et site privilégié d’embarquement vers Rome, Tanger devint résidence du procurateur de la Mauritanie Tingitane. Berbères, Romains, populations d’origines diverses provenant des côtes méditerranéennes firent d’elle un creuset culturel dans l’Antiquité.

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Juan Goytisolo s’était installé dans une chambre d’hôtel d’où il pouvait apercevoir les côtes espagnoles et à partir de ce lieu il écrivit l’histoire de Don Julian. Lui aussi a cru qu’en vivant dans cette ville, le livre se ferait. Et Don Julian est un grand roman. On sent entre les lignes la présence du vent d’Est, l’odeur que charrie le vent, on sent la présence de quelques amis qui fument le kif et fixent l’horizon comme si de là allait surgir un homme providentiel.

Jean Genet s’est arrêté à tanger. Il en parlait dans « Journal du voleur ». Il n’aimait pas cette ville ; elle lui rappelait la Côte d’Azur. Et pourtant il y venait souvent. Il habitait au Minzah et râlait contre les murs et les gens. Mais Tanger n’est pas Barcelone ni Naples, même si dans l’esprit de beaucoup de voyageurs elle pourrait être une copie de ces villes errantes. Jean Genet ne faisait que passer. Il s’est pourtant arrêté a Larrache, à 80 km de là, et a dessiné les plans d’une maison où il installa Mohamed. Il s’Il s’est à peine éloigné de cette ville qui l’énervait.

Ceux qui se sont trompés sur cette ville, ce sont les poètes de la Bear génération. Ils se croyaient en Afrique, dans le désert, au bout du monde. Tanger leur fournissait de quoi fumer et de quoi s’évader. Ils se sont vite rendus compte que ce lieu n’était qu’un fantasme de plus dans  leur panoplie de rêveries faciles. Ce n’est même plus un souvenir. Pour eux ce fut un nom, un nom qui sonne bien, mais ce nom est une erreur. La preuve, Tanger n’existe pas dans leurs textes. Ou alors c’est une ville imaginaire qui laboure leurs phrases.

Le cinéma a cru y avoir trouvé plus qu’un décor, un champ où toutes les fictions seraient possibles. Mais le cinéma s’est trompé d’adresse. Tanger n’est pas photogénique. Sur les photos elle apparaît masquée. Parfois les tirages sont noirs. C’est que Tanger est une histoire jalouse de toutes les autres histoires. Les films qui s’y tournent perdent leurs couleurs, et leurs personnages. On trouve souvent à la plage le corps dégonflé de quelques personnages qui sont tombés de l’histoire. Alors le cinéma fait ailleurs. Hors les murs. Sans les protagonistes de la ville. Sans le vent d’Est. Tanger est ainsi : une légende qui se mord la queue et rit de ses faiblesses et des ses provocations. Ce n’est même pas une énigme. Il ne s’y passe rien.

L’homme est assis au café, boulevard Pasteur, face au port, face à la mer. Il boit un café au lait tiède. Il est là tous les matins. Il regarde la mer. Il regarde l’horizon. Il est immortel. Il est éternel. Tanger est sa capitale. Tanger est son bien. Tanger est sa folie. Et il est heureux. Les autres n’ont qu’à raconter des histoires. Elles seront toujours blafardes et désuètes.

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Enfer ou Paradis, cité à fuir ou à mythifier, celle qui inspire ou qui détruit ? Ici, nous est racontée la ville Tanger, soumise au regard de sept photographes…

Et si Tanger, n’était qu’un livre d’images, un où les bateaux jettent l’ancre pour ne plus repartir ? Et si ce livre n’était qu’un rêve, l’idée d’une passion qui aurait pour vertu de perpétuer l’énigme et donner matière aux conteurs ? On serait libre d’inventer des histoires et de les attribuer à cette cité qui échappe à la main et au regard.

D’autres l’imagineraient comme une statue qui marche les bras tendues vers la mer, suivie par une bande de gamins qui se moquent  de l’innocence. Alors, elle serait une belle femme, un peu fardée, un peu vulgaire, mâchant du chewing gum , crachant par terre au passage d’un trafiquant juché sur un cheval borgne.

Mais Tanger a été une rue, un couloir menant de la Méditerranée à l’Atlantique, un passage où on ne contrôle plus les sacs et valises entourés de vieilles ficelles. Tanger a été une fenêtre donnant sur le port. Cette fenêtre est la principale chose dans la chambre, qu’occupa Matisse. De là il voyait le petit socco, puis le port, un port non développé, et surtout la mer, celle du détroit, celle de l’autre côté de l’Afrique.

Et Matisse, comme avant lui Delacroix, a cru à la lumière de la ville. Alors Tanger est une toile de peinture, une image, une fresque où les couleurs s’étalent avec paresse.

Tanger est le musée de la paresse. Ici on apprend à vivre paresseusement. C’est le propre des créateurs. Ils donnent l’impression de faire la sieste pendant qu’ils travaillent. C’est une paresse créatrice. Chose unique au monde : à Tanger la paresse sied aux créateurs ; elle leur permet de se dépasser.

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Carla et Mohamed Raïss El Fenni ont décidé d’y établir leur bastion. Ils ont ouvert sur la place du Tabor une galerie exposant les artistes régionaux, « pour mettre un peu d’animation dans ce lieu, qu’il ne soit pas seulement résidentiel ». Mohamed a toujours aimé la Kasbah : « Ce n’est pas moi qui l’ai choisie, c’est elle qui m’a choisi ». Les choses étant ce qu’elles sont, ils étaient destinés l’un à l’autre ! Mohamed est heureux du cosmopolitisme, de cette coexistence sociale, de la vie qui règne au rythme des cris des enfants. Et c’est là, dit-il, que les fêtes musulmanes sont les plus belles ; qu’elles sont vécues de la façon la plus pleine. Loin de ces fêtes, il avait offert une soirée, en collaboration avec le consulat d’Allemagne, qui avait investi la place du Tabor entière de tentes caïdales, de tapis et de gnawas. Modestement, il ne rappellera que ces trois jours de 1978 durant lesquels, pour une œuvre de bienfaisance, la Kasbah entière était devenue un lieu de fête : le chemin de Bab Marshan jusqu’au méchouar était recouvert de tapis, le palais du Sultan était transformé en lieu de réception, un particulier avait élevé une tente où un cocktail était offert à Tanger, tandis que Régine avait métamorphosé durant trois nuits le restaurant du Détroit en discothèque…

    Anthony Williams, cinéaste, est arrivé il y a trente ans dans la Kasbah et n’en est plus reparti. Fasciné par le monde musulman, féru de culture marocaine, la Kasbah représente pour lui le meilleur lieu « pour vivre près des marocains, les connaître et apprendre à vivre dans la différence ». Quel que soit le voyage qu’il effectue, il est toujours heureux de revenir dans sa « communauté », où il connaît tout et est connu de tous. Il nous rappelle qu’ici ont été tournés « poor young little rich girl », sur la vie de Barbara Hutton, le documentaire sur Randy Weston, « un denrier été à Tanger » d’Arcady, « les chevaux de fortune » de Jilali Ferhati, ainsi que tant s’autres films.

    Absalam Akaboune habite un magnifique petit palais dont le patio aurait été peint par Delacroix. Toutes les célébrités passent chez lui, le temps d’une fête ou d’un long séjour. Les concerts qui sont donnés dans cette demeure résonnent encore entre les murs de la Kasbah : Mick Jagger, Randy Weston et les Jujukas sont ses intimes. Absalam aime la Kasbah parce qu’elle « est un concentré de marocanité ». Il la vit comme un théâtre, une grande scène de la vie quotidienne. Son regard est probablement le plus nostalgique et ses propos regrettent « les temps du grand spectacle tangérois, des malfrats aux belles gueules, des espions de tous bords et des visites médiatisées de vedettes internationales ». Son vœu le plus cher serait que la Kasbah regagne sa beauté, ses fastes, que les esthètes habitant la ville, artistes praticiens ou dans l’âme, intellectuels, se réapproprient ce lieu propre à les inspirer. « La Kasbah devrait être considérée comme un musée habité » et mériterait les égards qu’on lui devrait alors : qu’on la respecte en la laissant ce qu’elle est, tout en lui offrant couleurs, verdure et propreté. La vue, de l’un de ses salons, domine la médina, défie les boulevards, embrasse la baie et laisse effectivement naître des idées de grandeur et de beauté… Luxe, calme et volupté.

 

    Le confort qui règne chez Farida Benlyazid est sous-tendu de la vie intense qui grouille autour de la maison. Charmant quartier que ce Gourna caché. Elle est venue habiter la Kasbah parce qu’elle fut la scène de ses jeux d’enfants, son père habitant près de là. Mais c’est en découvrant son actuelle maison, décorée par Stewart Church, qu’elle décida d’emménager ici : et incontournable ment, ces murs à eux-seuls savent évoquer l’hospitalité. Farida annonce que dès qu’elle rentre dans la Kasbah, elle se sent chez elle, en famille. Au pied de sa terrasse, le haut-bois des nuits ramadanes chante : à l’heure du s’hour, le bruit du tambour résonnera : on en vient à regretter les canons qui annonçaient la rupture du jeûne. Puis, avec son humour, sont évoqués les souvenirs des affres qu’aura vécu la famille Douglas, propriétaire de la maison où furent tournées des scènes cocasses de « Prick up your ears » sans qu’aucune autorisation fût donnée. Toujours pour maintenir la bonne humeur, pointant la reproduction d’une toile de Matisse, elle montre d’où s’est envolé Timothy Dalton, sur un tapis volant, dans « Tuer n’est pas jouer ». C’est peut-être cela qui crée avec le plus de vivacité un condensé de James Bond, Matisse et Stephen Frears, sous le toit de l’auteur de « Poupée de roseau ! »

…Le pays de la dualité…

Inch a Allah… Makeinch mouchkil… Marhaba…

La première expression veut dire « Si Dieu le veut », autrement dit, oui, peut  être, non, …

Mais au Maroc , on ne vous répond jamais non.

La deuxième « Pas de problème ». Il n’y a jamais de problème ! Quand il y en a, il est trop tard pour les formuler.

Et le plus beau de tous les mots arabes, marhaba : une manière de souhaiter la bienvenue, mais avec une élégance, une grandeur qui ne transparaît pas dans sa traduction française.

Trois mots pour dire un pays ? Non, trois mots qui demeurent quand on a oubliés tous les autres…

Le prix de l’habitat explose à Tanger, au fur et à mesure que la ville sort de l’oubli. La casbah, l’une des plus belles du Maroc, est très prisée des étrangers. On lui trouve l’authenticité qu’a perdue Marrakech. Les Français s’y bousculent pour acheter, de plus en plus cher, des ryads. Ils en font leur résidence secondaire ou des maisons d’hôte. Bernard-Henri Lévy – à qui certains reprochent d’avoir fait faire des travaux dans sa maison, qui bouchent partiellement la vue sur la mer -, Yves Saint Laurent, Pierre Bergé, ou encore le chanteur Renaud font partie de ces nouveaux Tangérois.

En investissant les lieux, ces étrangers sauvent-ils la casbah ou la vident-ils de son âme ? “Sans eux, notre patrimoine aurait déjà disparu, notre vie culturelle aussi”, répond, catégorique, Abdeslam, un Tangérois aux allures de seigneur, qui habite l’une des plus belles maisons de la vieille ville.

A la périphérie de Tanger, pendant ce temps, on manie la truelle, non pas pour retaper de sublimes palais, mais pour ériger des habitations sauvages. Fouad, 50 ans, djellaba et bonnet blancs, vit à Haoumat Chouk, l’un des quartiers les moins sûrs de Tanger, où s’entassent 6 000 personnes. Les islamistes et les trafiquants de tous ordres y sont nombreux. Ce père de quatre enfants tient une petite épicerie. Sa baraque, il en est fier. Il l’a construite de ses mains. Sans permis, bien entendu. Tous les deux ou trois ans, il s’offre un étage supplémentaire. Pas question de le transférer dans l’un des nombreux logements sociaux en cours de construction à Tanger. “Ici, au moins, je suis chez moi”, assène-t-il.

Plutôt que de procéder à la destruction de ce quartier et d’entrer en guerre avec ses habitants, le maire et le wali ont décidé de l’aménager, avec l’aide d’une architecte, Hanae Bekkari. Mais, à peine l’opération terminée, d’autres cités sauvages auront surgi, ici et là. Tanger n’a pas fini d’affronter ce qui est devenu son souci principal : l’exode rural.

Ils arrivent par milliers, chaque année, des quatre coins du pays, s’agglutinant aux portes de la ville, en quête d’un eldorado. Parmi eux, des Subsahariens bien sûr, mais surtout des Marocains. Le Nord les attire, comme un aimant. L’Europe n’est pas seule à devoir faire face à ce problème grandissant. Tanger en sait quelque chose…

Si les jeunes rêvent toujours de partir vers d’autres cieux pour y trouver un travail et un salaire décents, le désespoir semble moins grand. Rabat n’a pas lésiné pour faire de Tanger un pôle d’attraction. Entre le début des années 2000 et maintenant, le budget de la ville a été multiplié par huit. Volonté royale.

Le wali, Mohammed Hassad, un polytechnicien réputé pour son efficacité, a reçu carte blanche à son arrivée ici, il y a deux ans. Sa mission est de désenclaver Tanger et d’en faire une plate-forme pour le développement économique de la région nord, l’une des plus pauvres du royaume. Port de plaisance, hôtels, golfs… Les projets sont innombrables, au point d’inquiéter les Tangérois de souche. “Le tourisme de masse ? Pourvu qu’on nous épargne cette monoculture !” supplie Yto Barrada, la jeune directrice de la cinémathèque de Tanger, qui s’inquiète de voir la culture tenue pour secondaire au Maroc.

Opérationnelle depuis 2001, Tanger Free Zone (la première et unique zone franche du Maroc) a déjà attiré 250 sociétés étrangères et permis la création de 28 000 emplois directs. Une deuxième zone franche s’ouvrira bientôt, à proximité immédiate du nouveau port. Tanger, comme tout le nord du royaume, mise sur ses deux atouts : sa proximité immédiate avec l’Europe et sa main-d’oeuvre bon marché. Le smic n’est qu’à 200 euros. Mais comment vivre avec un tel salaire ?

De ses huit frères, Abdul, 28 ans, est le seul à avoir trouvé un emploi permanent et déclaré. Il travaille chez un restaurateur français arrivé ici par hasard, il y a quatre ans, et qui est resté, séduit comme tant d’autres par la magie du lieu. Car Tanger garde son pouvoir de séduction. “On y vient pour 48 heures et on y reste 48 ans !” comme le résume l’écrivain Lotfi Akalay.

Abdul ne souhaite pas quitter Tanger. “Si je vais un jour en France, ce sera en touriste”, dit-il en souriant. Son frère aîné a réussi à entrer clandestinement en Espagne. Les autres sont restés au Maroc, faute de mieux. En bons Tangérois, ils ont l’oeil rivé non vers Rabat ou Marrakech, “trop loin” disent-ils, mais vers l’Europe. Tous travaillent au noir, comme plombier, électricien, ou guide occasionnel, pour quelque 1 500 dirhams mensuels (150 euros). “Notre problème, c’est le logement. Tant qu’on n’en a pas, on ne peut pas se marier, or le moindre appartement coûte ici dans les 1 500 dirhams par mois”, se désole Abdul.

Elles portent de larges chapeaux à pompons multicolores et des robes superposées roses, rouges ou vert pâle. Un enfant dans le dos, elles marchent sur la route escarpée qui longe la mer. Une route splendide, aux allures de corniche monégasque. Ces femmes sont descendues de la montagne pour vendre leurs fromages, parfois aussi une ou deux poules. Encore quelques kilomètres, et, sitôt franchi le village de Ksar Seghir, on passera du Moyen Age au XXIe siècle. Là-bas, au plus près de l’Europe – la ville espagnole de Tarifa et le rocher de Gibraltar, clairement visibles, ne sont distants que de 14 kilomètres -, s’achève la construction du nouveau port de Tanger. Le chantier du siècle pour le Maroc, l’un de ses douze travaux d’Hercule. Et ce n’est qu’un début…

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Tanger la mal-aimée prend sa revanche. Mythique au début du XXe siècle, à l’époque de son statut international, la ville était tombée en désuétude sous Hassan II. L’ancien roi se méfiait d’elle et de la région nord depuis la rébellion du Rif, en 1959. La voilà remise à l’honneur. Mohammed VI, l’actuel souverain, est aux petits soins pour elle.La pauvreté n’a pas disparu, mais Tanger, cette main tendue vers l’Europe, à cheval sur la Méditerranée et l’océan Atlantique, s’est métamorphosée. On a abattu des murs, créé des espaces verts, rasé les bicoques qui encombraient le front de mer, installé des poubelles et des lampadaires, blanchi, récuré… A partir de septembre, les eaux usées cesseront d’être déversées dans la baie pour être évacuées à trois kilomètres de là, en pleine mer, après avoir été traitées. Une révolution. “C’est ça, notre plus grand succès”, dit le maire, Derhem Dahman.

L’autre grande fierté de la capitale du nord, aujourd’hui forte d’un million d’habitants, serait de remporter, en novembre, l’organisation de l’Exposition internationale de 2012. La compétition est rude face à Wroclaw (Pologne) et Yeosu (Corée du Sud), mais Tanger a ses chances. “Ce serait un formidable accélérateur de développement pour la région !” souligne-t-on à la wilaya (préfecture). Tout le monde croise les doigts. “Tanger Expo 2012″ est devenue cause nationale, presque autant que le Sahara occidental. Même une entreprise privée comme La Vache qui rit y va de son panneau de soutien, à la sortie de la ville.

Le maroc : un pied en europe et l’autre en afrique une terre riche où les habitants sont pauvres, un univers traditionnel où la modernité prend place. Tout en contradiction. Tout en dualité.