
Enfer ou Paradis, cité à fuir ou à mythifier, celle qui inspire ou qui détruit ? Ici, nous est racontée la ville Tanger, soumise au regard de sept photographes…
Et si Tanger, n’était qu’un livre d’images, un où les bateaux jettent l’ancre pour ne plus repartir ? Et si ce livre n’était qu’un rêve, l’idée d’une passion qui aurait pour vertu de perpétuer l’énigme et donner matière aux conteurs ? On serait libre d’inventer des histoires et de les attribuer à cette cité qui échappe à la main et au regard.
D’autres l’imagineraient comme une statue qui marche les bras tendues vers la mer, suivie par une bande de gamins qui se moquent de l’innocence. Alors, elle serait une belle femme, un peu fardée, un peu vulgaire, mâchant du chewing gum , crachant par terre au passage d’un trafiquant juché sur un cheval borgne.
Mais Tanger a été une rue, un couloir menant de la Méditerranée à l’Atlantique, un passage où on ne contrôle plus les sacs et valises entourés de vieilles ficelles. Tanger a été une fenêtre donnant sur le port. Cette fenêtre est la principale chose dans la chambre, qu’occupa Matisse. De là il voyait le petit socco, puis le port, un port non développé, et surtout la mer, celle du détroit, celle de l’autre côté de l’Afrique.
Et Matisse, comme avant lui Delacroix, a cru à la lumière de la ville. Alors Tanger est une toile de peinture, une image, une fresque où les couleurs s’étalent avec paresse.
Tanger est le musée de la paresse. Ici on apprend à vivre paresseusement. C’est le propre des créateurs. Ils donnent l’impression de faire la sieste pendant qu’ils travaillent. C’est une paresse créatrice. Chose unique au monde : à Tanger la paresse sied aux créateurs ; elle leur permet de se dépasser.
