Archives Mensuelles: novembre 2007

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Le port de Tanger est son poumon, l’essence de son identité, le personnage principale de la ville : le mieux gardé et le plus secret. Il véhicule depuis la nuit des temps, toutes les légendes de mers, les souvenirs avérés d’autant de voyageurs éclairés, d’explorateurs mystiques : Ibn Batouta, René Caillé, Michel Vieuchange, curieux de passer le Détroit tel un miroir, pour découvrir le monde.

Ajourd’hui, changement de cap, création du nouveau port Tanger med… Ce nouveau projet va permettre à tout le Nord de mieux s’émanciper, de servir toute l’Afrique. Il s’agit là d’un nouveau port d’éclatement ou de transbordement.

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Si la célébrité de Tanger s’est avant tout nourrie du patrimoine littéraire et artistique internationale, ses intellectuels ne sont pas étrangers à l’entretien de cette notoriété. Des écrivains comme Tahar Ben Jelloun, et Mohamed Choukri, des cinéastes comme Farida Belyazid, Jilali Ferhati et Moumen Smihi font vivre différemment, et chacun à sa manière, la ville, leur ville, réelle ou imaginaire.

A travers ces œuvres, Tanger n’est jamais la même. Pour certains, elle n’est qu’un décor factice où se déroule une fiction étrange de protagonistes en mal d’exotisme, pour d’autres, la ville est un lieu mystérieux et évasif, un lieu imaginé de l’impossible quête, un lieu de liberté mythique.

 

Ville millénaire aux multiples facettes ; Tanger fit tantôt une cité-phare et capitale qui contribua pleinement aux civilisations méditerranéennes, tantôt un petit port replié et dérisoire, oublié de l’histoire, incendié et parfois anéantie par les envahisseurs et les conquérants de passage.

Coupée, isolée de son arrière-pays, la cité regardait vers le nord ; elle eut souvent des tendances centrifuges. Rome la houssa au rang de métropole. Lieu de convergence des grandes voies terrestres et site privilégié d’embarquement vers Rome, Tanger devint résidence du procurateur de la Mauritanie Tingitane. Berbères, Romains, populations d’origines diverses provenant des côtes méditerranéennes firent d’elle un creuset culturel dans l’Antiquité.

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Juan Goytisolo s’était installé dans une chambre d’hôtel d’où il pouvait apercevoir les côtes espagnoles et à partir de ce lieu il écrivit l’histoire de Don Julian. Lui aussi a cru qu’en vivant dans cette ville, le livre se ferait. Et Don Julian est un grand roman. On sent entre les lignes la présence du vent d’Est, l’odeur que charrie le vent, on sent la présence de quelques amis qui fument le kif et fixent l’horizon comme si de là allait surgir un homme providentiel.

Jean Genet s’est arrêté à tanger. Il en parlait dans « Journal du voleur ». Il n’aimait pas cette ville ; elle lui rappelait la Côte d’Azur. Et pourtant il y venait souvent. Il habitait au Minzah et râlait contre les murs et les gens. Mais Tanger n’est pas Barcelone ni Naples, même si dans l’esprit de beaucoup de voyageurs elle pourrait être une copie de ces villes errantes. Jean Genet ne faisait que passer. Il s’est pourtant arrêté a Larrache, à 80 km de là, et a dessiné les plans d’une maison où il installa Mohamed. Il s’Il s’est à peine éloigné de cette ville qui l’énervait.

Ceux qui se sont trompés sur cette ville, ce sont les poètes de la Bear génération. Ils se croyaient en Afrique, dans le désert, au bout du monde. Tanger leur fournissait de quoi fumer et de quoi s’évader. Ils se sont vite rendus compte que ce lieu n’était qu’un fantasme de plus dans  leur panoplie de rêveries faciles. Ce n’est même plus un souvenir. Pour eux ce fut un nom, un nom qui sonne bien, mais ce nom est une erreur. La preuve, Tanger n’existe pas dans leurs textes. Ou alors c’est une ville imaginaire qui laboure leurs phrases.

Le cinéma a cru y avoir trouvé plus qu’un décor, un champ où toutes les fictions seraient possibles. Mais le cinéma s’est trompé d’adresse. Tanger n’est pas photogénique. Sur les photos elle apparaît masquée. Parfois les tirages sont noirs. C’est que Tanger est une histoire jalouse de toutes les autres histoires. Les films qui s’y tournent perdent leurs couleurs, et leurs personnages. On trouve souvent à la plage le corps dégonflé de quelques personnages qui sont tombés de l’histoire. Alors le cinéma fait ailleurs. Hors les murs. Sans les protagonistes de la ville. Sans le vent d’Est. Tanger est ainsi : une légende qui se mord la queue et rit de ses faiblesses et des ses provocations. Ce n’est même pas une énigme. Il ne s’y passe rien.

L’homme est assis au café, boulevard Pasteur, face au port, face à la mer. Il boit un café au lait tiède. Il est là tous les matins. Il regarde la mer. Il regarde l’horizon. Il est immortel. Il est éternel. Tanger est sa capitale. Tanger est son bien. Tanger est sa folie. Et il est heureux. Les autres n’ont qu’à raconter des histoires. Elles seront toujours blafardes et désuètes.

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Enfer ou Paradis, cité à fuir ou à mythifier, celle qui inspire ou qui détruit ? Ici, nous est racontée la ville Tanger, soumise au regard de sept photographes…

Et si Tanger, n’était qu’un livre d’images, un où les bateaux jettent l’ancre pour ne plus repartir ? Et si ce livre n’était qu’un rêve, l’idée d’une passion qui aurait pour vertu de perpétuer l’énigme et donner matière aux conteurs ? On serait libre d’inventer des histoires et de les attribuer à cette cité qui échappe à la main et au regard.

D’autres l’imagineraient comme une statue qui marche les bras tendues vers la mer, suivie par une bande de gamins qui se moquent  de l’innocence. Alors, elle serait une belle femme, un peu fardée, un peu vulgaire, mâchant du chewing gum , crachant par terre au passage d’un trafiquant juché sur un cheval borgne.

Mais Tanger a été une rue, un couloir menant de la Méditerranée à l’Atlantique, un passage où on ne contrôle plus les sacs et valises entourés de vieilles ficelles. Tanger a été une fenêtre donnant sur le port. Cette fenêtre est la principale chose dans la chambre, qu’occupa Matisse. De là il voyait le petit socco, puis le port, un port non développé, et surtout la mer, celle du détroit, celle de l’autre côté de l’Afrique.

Et Matisse, comme avant lui Delacroix, a cru à la lumière de la ville. Alors Tanger est une toile de peinture, une image, une fresque où les couleurs s’étalent avec paresse.

Tanger est le musée de la paresse. Ici on apprend à vivre paresseusement. C’est le propre des créateurs. Ils donnent l’impression de faire la sieste pendant qu’ils travaillent. C’est une paresse créatrice. Chose unique au monde : à Tanger la paresse sied aux créateurs ; elle leur permet de se dépasser.

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