“Il y a la légèreté spacieuse des débuts de ligne. On monte dans un wagon trés clairsemé. D’emblée, on va se poster debout, devant la porte, côté voie- là, on ne sera pas dérangé par les montées et les descentes des passagers, et puis, aux stations, on pourra regarder les publicités, les gens sur l’autre quai, avec cette distance, ce recul qui libèrent l’oeil citadin des crispations contingentes. Entre les stations, par contre, pas grand chose à faire, et on finit par se lasser de sa propre image dans la vitre noire- ou plutôt par se lasser de l’idée que les autres vous voient contempler à l’infini votre propre image. Alors on va s’asseoir.”
(”la sieste assassinée” Philippe Delerm)
…Les gens qui nous regardent avec un regard profond, plein de jugement, d’envie ou de curiosité…
Ce regard : une reconnaissance.
On a, à cet instant précis, conscience de notre vie parmi des milliers de vies.
Elle est là.
Elles sont là.
Je suis là. Moi. Présente.
La personne en face de moi est-elle heureuse ? Où va-t-elle ? Se réfugier chez elle et s’empiffrer de kit kat ball en attendant que « son homme » rentre du boulot ? à la laverie, comme tous les « paumés » de notre genre ?ou à une réception mondaine ?
Réelle analyse de société : le métro.
18 stations, cela me laisse le temps de pondre environs une phrase par station, arrivée à Châtelet, mon texte vivra son adolescence.
Ma pellicule se raye, les mots ne s’inscrivent pas si facilement, c’est peut être la saison…
Le clap de début est lancé.
En quoi mon écriture peut-elle être utile ?
Elle sera un moyen d’échanger, de partager, de transcender l’ordinaire, où chacun aura le droit d’être enfin lui-même.
L’écriture est en perpétuelle remise en question.
Elle est sans symétrie et sans armure où le bricolage n’est pas permis.
Elle s’amuse d’elle-même
Elle ne prête pas attention à moi.
Elle se moque du monde.
Elle est fragile surtout.
Faites attention ! Ne pas trop agiter !
On va bientôt me dire « mais toi concrètement, t’es où dans l’histoire ?»
Je suis partout et nulle part.
Partout pour ceux qui lisent entre les lignes et arrivent à me déchiffrer et donc me découvrir.
Nulle part, pour les fainéants…